Racines
C'est un grand classique mais quand même un terrible livre ! Terrible chef-d'oeuvre d'Alex Haley. Il est bien écrit, facile à lire (malgré le pavé !). On est bien plongé dedans.
Je trouve qu'il est indispensable pour celui qui veut en savoir plus sur l'esclavage, sur la vie à cette époque et les sentiments de toutes les personnes concernées par ça.

Rappel de l'histoire :
Ce livre raconte l'histoire des ancêtres d'Alex Haley sur sept générations depuis la capture du mandingue Kounta Kinte en Gambie par les européens.
Toute la période de la vie de Kounta dans son village, Djouffouré, est très importante. Elle est longuement décrite. J'ai compris plus tard, à la fin du book, que c'était la volonté de l'auteur...
J'ai découvert pas mal de choses sur le mode de vie des mandingues mais surtout, ce que je retiens, c'est avec quelle simplicité et sagesse ils vivaient ! On est en 1750 et en France, cette époque n'était pas terrible, loin de là !
Je sais aussi qu'il y a beaucoup de clichés sur l'époque précoloniale, l'époque des « découvertes ». On a dit beaucoup de choses sur les africains. Mais la description de la vie des mandingues démonte tout. On voit à quel point ces gens étaient très civilisés.
Après, il y a la période de la capture et la traversée en bateau. Horrible. Horrible de s'imaginer ces conditions de vie. Les rats, les vomissements, les besoins, qu'ils faisaient sur eux-mêmes, etc. Tout ça qui engendraient beaucoup de maladies. Sans parler des fers, des chaines et du fouet.
Ensuite, la découverte de la vie dans les plantations pour Kounta. Il etait étonné de voir les noirs manger du port, fumer (les mandingues sont musulmans) et être heureux devant les toubabs. Des noirs qui haïssent Allah et l'Afrique...
Pourquoi ?
Les toubabs ont réussi à transformer les noirs en bête. Si tu te comportes en humain, tu as des sentiments qui te viennent à l’esprit, tu n'acceptes plus ta situation d'esclave alors tu te révoltes, et là, la punition est terrible. Alors, beaucoup de noirs se plient, obéissent aux doigts et à l'oeil des toubabs.
Kounta a essayé de fuir plusieurs fois. En vain. Il s'est dit de ne jamais devenir comme ces noirs qui ont rejeté leurs racines.
Au fil du temps, Kounta s'est rendu compte que ces noirs étaient nés dans les plantations, et n'avaient JAMAIS connu l'Afrique. Ils sont nés esclaves. Ils ne connaissent pas la liberté. Alors que lui la connaissait. Cette différence, il l'a difficilement vécue car il était entouré d'aucun africain...
Ce qui est dingue, c'est de voir tout le mécanisme qui s'est fait pour que les noirs oublient leurs racines africaines, et meme pire, les haïr. Alors, ces noirs nés aux Etats-Unis (le book se passe aux USA) se sont mis à croire les toubabs qui disaient que les africains étaient des singes vivant dans les arbres ! Qu'ils étaients incultes et incivilisés. Quel étonnement par exemple lorsque Kounta se met à écrire son nom en arabe sur le sol, devant sa femme !
Kounta a eu une fille. Il lui a raconté sa vie d'africain, sa capture, sa traversée en bateau. Il lui a appris quelques mots en mandingue...
Il lui a raconté tout ça pour qu'elle sache d'où elle venait.
Depuis, de génération en génération, cette histoire était raconté. Histoire agrémentée au fil du temps de l'évolution de la famille. Mais surtout, il ne fallait pas oublier l'ancêtre africain. Enfants, petits-enfants, arrières-petits-enfants, il fallait que tout le monde sache. Cette histoire était racontée dès qu'un enfant naissait dans la famille. C'était devenue comme une sorte de « tradition » orale.
Comme a dit un petit à un moment (Sorry, je sais plus tous les noms ! Il y en a tellement ! Imaginez 7 générations !) : « C'est à cause de lui qu'on sait d'où on vient ».
Cette histoire est donc venue jusqu'aux oreilles d'Alex Haley, né en 1921. Il a décidé d'en connaître plus sur son ancêtre. Au bout d'une dizaine d'années, il a pu écrire ce livre.
Il est retourné à Djouffouré, et un griot lui a raconté la disparition de Kounta (grâce à la transmission de l'histoire).
Il a même trouvé par la suite, le nom du bateau de Kounta ! Et encore plus dingue ! L'affiche de mise en vente des esclaves à l'arrivée !
Ce livre est très émouvant. Je ne parle pas des autres générations parce que bon, je ne connais plus tous les noms. Mais ce n'est pas moins intéressant ! Non !
Ce qui est tout aussi intéressant, c'est le côté historique qu'on voit en parallèle : la chasse aux terres indiennes, la guerre d'indépendance des USA, les multiples révoltes des esclaves, même celle d'Haïti, la guerre de sécession, l'émancipation des esclaves, les débuts de la liberté des affranchis (difficiles conditions de vie, limite si parfois il était pas mieux de rester esclave dans certaines plantations des maîtres qui les traitaient bien), les grandes immigrations d'européens du début du vingtième siècle, jusqu'à la première guerre mondiale !
Voila, j'ai à peu près tout dit !
En France, on n'est pas confronté à ce passé. On n'en parle jamais. Mais il faut savoir qu'il est dans le quotidien des antillais. Par exemple, quand tu vas aux Antilles, tu vois les champs de coton, les grandes maisons coloniales, tout ça, le rhum... Alors qu'ici ? A Nantes, on voit les maisons des armateurs. Ok, c'est important, mais elles ne sautent pas aux yeux. Elles ne diffèrent pas des autres habitations du centre ville. Donc merci à toi Haley de nous rappeler cette histoire, TON histoire.
Pour en savoir plus :
Alex Haley Foundation