Reggae made in France
Tryo and co versus Carribean vibes !
La musique jamaïcaine s’implante plus tardivement en France par rapport à l’Angleterre. En effet, même si un public ska et rock steady apparaît à travers les mods et les skins de Paris, il reste une minorité et réservé aux initiés.
Il faudra attendre l’arrivée du reggae roots pour que la France commence à parler sérieusement de cette île des Caraïbes.
Dans les années 70, plusieurs artistes tels que Bob Marley, Peter Tosh et Dennis Brown sont appréciés des français. C’est l’âge d’or du reggae et toute l’Europe est touchée.
Serge Gainsbourg part à Kingston en 1978 enregistrer un album avec Sly & Robbie (célèbre duo batteur/bassiste jamaïcain) et les I-Three (les choristes de Marley) au chant.
le 45 tours « Aux armes et caetera »,Gainsbourg est à côté des I-Three
Le single « Aux armes et caetera » est un gros succès. Il fait scandale car Gainsbourg a modifié les paroles de l’hymne national français.
Ce premier album reggae sera la plus grosse vente de sa carrière.
l'album « Aux armes et caetera » Gainsbourg sera vite suivi par Bernard Lavilliers.
En Martinique, les premiers chanteurs de reggae apparaissent en 1977 avec le groupe Sixième Continent (dont le chanteur est Kali). Ils ont du succès avec « A mobylette » et « Reggae Dom Tom » en 1980.
A Paris, on trouve déjà à cette époque, deux boutiques spécialisées : Concrete jungle et Time music.
En 1981, Marley décède et c’est un coup difficile en Europe et dans le monde entier. En Jamaïque, le temps est à la rigolade et le ragga commence à s’imposer.
Le martiniquais Ras Job de Zion Train Imperial, est l’un des premiers chanteurs succédant au précurseur Kali. D’autres chanteurs apparaissent dans les années 80 : Poglo, Simple Roots, I&I Taxi, Official Roots et mélangent créole et anglais.
En Guadeloupe, où le zouk commence à s’imposer, le reggae se développe beaucoup moins vite.
En France métropolitaine, c’est Vincent & The Lion, Azikmen, Natiwel qui s’imposent.
En 1981, Gainsbourg enregistre un nouvel album en Jamaïque, « Mauvaises nouvelles des étoiles », avec encore Sly & Robbie à la batterie et à la basse.
l'album « Mauvaises nouvelles des étoiles » Fin 80, début 90, le reggae antillais se développe de plus en plus. De nouveaux noms apparaissent : Daddy Nuttea (il se fera nommé Nuttea dans les années 2000), Supa John, Daddy Yod, Puppa Leslie, Pablo Master, Mc Janik. Mais c’est Tonton David, qui permettra de relancer le reggae en France. « Sûr et certain » et « Chacun sa route » sont des hits qui le feront connaître du grand public en 1994.
Tonton David
En parallèle, plusieurs groupes influencés par le rock alternatif s’imposent sur scène. C’est le cas notamment de Sinsemilia, Tryo, K2R Riddim, Mister Gang (avec le titre « Tout le monde est là »).
En 1995, Raggasonic sort leur premier album (avec notamment « J’entends parler », un titre sur le SIDA), désormais classique de ragga hip-hop français. Un énorme succès. Le groupe récidive avec un second album en 1997 (avec le hit « Faut pas me prendre pour un âne »), plus abouti et figurant plusieurs featuring de grands noms jamaïcains : Gregory Isaacs et Michael Rose.
Daddy Mory et Big Red de Raggasonic
Dans la même vibe, le martiniquais Lord Kossity se fait connaître grâce à son duo avec le groupe de rap NTM (Il s’agit du titre « Ma Benz ». Un succès.).
Mais fin 90, c’est surtout Pierpoljak qui s’affirme comme l’artiste emblématique du reggae français. Des titres tels que « Je sais pas jouer » et « Pierpoljak » sont un gros succès en France.
Pierpoljak en Jamaïque
Les Neg Marrons sortent leur troisième album en 1999, « Le bilan ». Là aussi un succès.
Mais le public français est plutôt adepte du hip hop et il est donc difficile pour les artistes de se faire un nom.
Pourtant, la France (et l’Europe de l’ouest en général [mis à part, le Royaume-Uni. Paradoxalement], ainsi que le Japon), est le marché principal de cette musique. La France est le pays où le reggae est le plus populaire au monde. Plusieurs concerts et festivals fleurissent partout. En France, le Garance à Paris remporte un vif succès, ainsi que le Jamaican Sunrise et le Jahsound festival dans le sud de la France (mais en perte de popularité depuis 2/3 ans). En Italie, il s’agit du Rototom festival, et en Allemagne du Summerjam de Cologne, qui accueille des milliers d’adeptes chaque année.
Mais le public reggae français est divisé en deux, l’un préférant les groupes de reggae/rock alternatif (surtout les jeunes étudiants) tels que Sinsemilia ou Tryo, et les autres préférant la scène antillaise, plus reggae-dancehall-ragga, donc plus proche des vibes jamaïcaines, surtout grâce au concept des sounds systèmes que les antillais reprennent.
Avec une difficile lancée, réservé plutôt à un public underground, puis diffusé à travers fanzines et bouche-à-oreille, le reggae était réservé aux spécialistes qui devaient se déplacer à Paris et à Londres pour trouver les nouveautés jamaïcaines.
Aujourd’hui, plusieurs magazines se sont développés et plusieurs boutiques ont ouvert (malgré une importante baisse depuis quelques temps). Parallèlement, plusieurs labels (dont le français Makasound, et les anglais Blood and fire et Pressure sounds) se sont mis à rééditer des perles rares de la musique jamaïcaine, ce qui facilite ainsi la diffusion du reggae.
Natty Dread, le magazine francophone le plus en vogue actuellement
Sérieux label français de (ré)éditions jamaïcaines
Scène actuelle antillaise : Baby G, Nuttea, Admiral T, Tiwony, Fefe Tipikal, Yaniss Odua, Saël…
-> Voir quelques vidéos ici.