Reggae made in UK

Publié le par sista carol


So British !

 

Le Royaume-Uni a toujours été le pays où la musique jamaïcaine s’est ancré le plus rapidement.

 

Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, des milliers de jamaïcains émigrent en Grande-Bretagne. A l’époque, on écoutait du jazz et du r&b venus des USA.

 

Puis, une deuxième vague d’immigration arrive à l’indépendance de l’île. 

  

blackwell-copie-1.jpgChris Blackwell, un jamaïcain blanc, fonde le label Island à Londres en 1962. Car il a vite compris que le véritable marché est au Royaume-Uni où les immigrés sont plus riches que les jamaïcains au pays.

 

Il commence donc à produire dès les années 60 plusieurs tubes de ska, dont ceux de Marley, de Jimmy Cliff et de Millie Small (« My boy lollipop »).

Cependant, il se lancera vite vers la pop anglaise et s’éloignera de la musique jamaïcaine. Il fonde quand même la marque Trojan quelques années plus tard, label qui diffusera bon nombre de classiques de ska et de rock steady.

 

Au début des années 70, voyant l’ampleur du reggae en Europe, il quitte Trojan et consacre entièrement Island au reggae. Il diffusera là aussi des dizaines d’albums classiques de reggae roots (dont les plus connus de Marley, de « Catch a fire » à « Uprising »).

 

Le ska est très apprécié au Royaume-Uni et pas seulement de la communauté jamaïcaine. Un mouvement anglais, apparu dès la fin des années 50, les mods (abréviation de modernists) se démarquent du rock blanc de l’époque, incarné par Elvis Presley, qu’ils trouvent raciste et conservateur. Ils sont amateurs de soul authentique, de jazz, de r&b et de ska.

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Beaucoup de jeunes prolétaires blancs se reconnaissent donc dans cette musique qu’apportent les jamaïcains. En s’unissant autour de cette passion commune, ils deviennent ce que l’on appellera plus tard les skinheads (Ce sont en fait les hard mods, les mods restés fidèles à leurs passions, à l'inverse de plusieurs autres qui se sont tournés vers le mouvement hippie).
Les premiers skins ne sont donc pas racistes ! Bien au contraire ! Il s’agit de noirs jamaïcains et de leurs amis blancs anglais. Ils rejettent le rock et les hippies venus des USA et se lient contre le système anglais. Ils aiment le ska, le rock steady et le early reggae.

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Plusieurs titres jamaïcains entrent ainsi dans le top 5 des meilleures ventes anglaises. Laurel Aitken, Desmond Dekker, Prince Buster, les Skatalites sont ainsi très appréciés.

 

Mais lorsque le tempo se ralentit et que le roots pointe son nez, les skins délaissent ce nouveau son.

 

A l’inverse, Marley, Peter Tosh et plusieurs autres chanteurs jamaïcains, comment à conquérir l’Europe. On est au cœur des années 70 et c’est l’âge d’or de la musique jamaïcaine.

 

Richard Branson, directeur de Virgin, saisit lui aussi cette occasion (comme Blackwell). Il produira lui aussi de nombreux albums classiques sous son label.

 

De nombreuses boutiques et de sounds fleurissent dans les quartiers jamaïcains de Londres (Brixton en tête) et des chanteurs anglo-jamaïcains commencent à percer : les Cimarrons, Misty in Roots, Aswad, Steel Pulse…

 

Parallèlement au Royaume-Uni, le rock violent et revendicatif fait un grand boom chez la jeunesse anglaise et les punks se multiplient. Marley enregistre en 77 un titre « Punky reggae party », destiné à unifier les jeunes rebelles punks et les noirs jamaïcains. The Clash (avec Joe Strummer au chant), quant à eux, enregistrent plusieurs titres reggae.

 

Arrive ensuite UB 40 fin des années 70. Un groupe de chômeurs blancs. Leur premier album est un énorme succès, tant au Royaume-Uni qu’en Jamaïque.

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Un mouvement londonien, Rock against racism, tente d’unifier les jeunes blancs et noirs. Plusieurs manifestations de protestation contre l’exploitation capitaliste (Margaret Thatcher sera bientôt élue) et contre de nombreux crimes racistes restés impunis. Ces crimes sont souvent organisés par des skins néo-nazis proche du National Front (équivalent du FN en France).

 

En 76, lors du carnaval annuel de Notting Hill, une émeute éclate. En 81, une autre émeute très importante se déclenche à Brixton, suite à une altercation très violente entre un jeune et la police.

 

Elles traduisent le ras-le-bol général d’une population marginalisée dans un pays conservateur.

 

Lorsqu’arrive le digital, Greensleeves, une boutique anglaise, commence à se faire un nom. En effet, elle promotionne plusieurs disques et deviendra vite le premier label de reggae indépendant anglais.

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Mais au Royaume-Uni, le digital et le ragga est peu apprécié. Alors qu’en Jamaïque, le remixage et le toasting font fureur, on écoute et apprécie encore beaucoup le roots et même le ska en Angleterre (un revival ska est apparu à cette période).

 

Avec cette vague digital et ragga, plusieurs DJ anglo-jamaïcains apparaissent. Les plus connus sont Pato Banton, Macka B, Tippa Irie.

 

En parallèle, des sounds anglais comme celui de Jah Shaka ou Channel One, mettent en avant la culture RasTa et le roots reggae des années 70.

channel-One.jpgChannel One à la University of Dub

king.jpgKing Earthquake à la University of Dub
 

Le jungle style, apparu au début des années 90 et créé par des anglo-jamaïcains, est un rythme accéléré du reggae et mélangé à d’autres influences. Ce nouveau genre issu du dub devient très important au Royaume-Uni et la jeune génération anglo-jamaïcaine l’apprécie fortement. Des artistes pop, comme David Bowie, en seront aussi marqués.

 

Avec Mad Professor, Alpha et Omega, le sound Iration Steppas (qui frise avec la musique électronique et la techno), le dub UK très charactéristique prend de plus en plus d’importance.

 

Le stepper, style apparu en Jamaïque dans les années 70, refait une apparition au Royaume-Uni, et aujourd’hui, c’est le style de reggae roots anglais le plus apprécié des anglais eux-mêmes mais aussi des pays étrangers, et notamment la France.

 

Le carnaval de Notting Hill (où le sound Channel One joue régulièrement) et la University of Dub (meeting entre trois sounds, selon la tradition jamaïcaine) sont des moments incontournables de la scène anglaise actuelle.

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-> Voir quelques vidéos ici.
-> Pour plus de renseignements sur les mods et les original skinheads, voir ce site : London 69.

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